Le coronavirus, l’Europe et sa dépendance extérieure

La tragédie universelle du coronavirus, qui s’est répandu de la Chine sur toute la planète, comme le feu à une traînée de poudre, devrait être interprétée par les européens, non seulement comme la pire pandémie qu’ils ont eu à subir depuis la grippe espagnole, mais aussi comme le révélateur de leur dépendance extérieure.


Il n’y a guère plus d’un siècle, l’Europe dominait le monde. Ses divisions, ses rivalités et ses conflits permanents, n’avaient nullement empêché sa culture, son économie, son influence politique et sa puissance militaire de s’imposer sur tous les continents. Malgré l’appel paneuropéen de Coudenhove-Kalergi, qui le suivit, l’effondrement de 1918 s’est aggravé vingt ans plus tard dans le pire désastre suicidaire de toute l’histoire de l’humanité.C’est alors que, sous une double domination antagoniste. l’Europe a du subir l’humiliation de la dépendance extérieure pour assurer sa survie puis, d’abord à l’Ouest, sa reconstruction.


  Ainsi, l’Europe occidentale, aidée et encouragée par son protecteur américain, a pu réussir son redressement économique.
Lorsqu’à son tour, l’Europe centrale et orientale s’est libérée de son oppresseur russe, elle s’est donnée à l’économie de marché pour rejoindre l’Union Européenne et …à la protection militaire d’outre Atlantique.
Pratiquant, en dogme absolu, « la concurrence libre et non faussée » avec la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services, l’Union Européenne, s’est offerte au multilatéralisme, à son avantage, éphémère, mais aussi à celui des Américains pour l’essentiel de son armement et les produits les plus sophistiqués.

Cet avantage a profité progressivement aux pays émergents, en leur cédant des parts considérables des industries européennes.

L’industrie textile a ouvert la voie dans laquelle  les autres industries se sont engouffrées au profit principal de la Chine et de ses voisins asiatiques.
Le coronavirus vient de nous faire découvrir notre dépendance à la fabrication par l’Asie de 80% de nos médicaments.

Le partage des richesses par la redistribution sociale pratiquée par l’Europe, sa faiblesse dans les technologies de communication, comme dans le numérique, ont aussi augmenté sa dépendance extérieure.

C’est ainsi qu’en trois décennies, la première puissance commerciale de la planète, toutes portes ouvertes, y compris à une immigration économique massive, s’est révélée impuissante à faire face rapidement au déferlement de la pandémie.

Quand cette tragédie sera contournée par la découverte d’un vaccin, quelle sera la réponse de l’Europe à cette nouvelle révélation de sa dépendance extérieure ?

Le Marché Commun d’origine, devenu l’Union Européenne, n’a pas été conçu pour fonctionner dans le rapport de forces qui est pratiqué par ses principaux compétiteurs, la Chine, la Russie et les États-Unis. Ces puissances tirent un double avantage de l’incapacité européenne à défendre ses intérêts fondamentaux.
Et cette situation d’impuissance ne peut qu’encourager les réactions nationalistes et populistes qui se répandent dans toute l’Europe.

Pourtant, un minimum de logique et de bon sens devraient rendre évidente l’absolue nécessité de la dimension européenne pour se faire respecter par nos compétiteurs mondiaux.
Quelle puissance, aussi forte soit-elle, pourrait mésestimer cinq cents millions de consommateurs, décidés à préserver leurs légitimes intérêts et leur sécurité ?

Cela fait vingt ans que je ne cesse de répéter dans tous mes écrits et lors de toutes les conférences et réunions auxquelles je participe le leitmotiv suivant, il nous faut    » une Europe solidaire, puissance indépendante et souveraine dans les domaines que lui auront délégués les États nations.
Pour présenter une visibilité spatiale de l’Union Européenne, tant aux regards des européens que des autres peuples, elle doit en fixer ses frontières, en s’appuyant sur la culture, l’histoire et la géographie.

Cessons donc de faire attendre les pays qui répondent à ces critères et réunissons les dans l’Union Européenne, sans plus tarder, et selon les modalités qui conviennent.
Il va de soi, qu’en même temps, nous aurons à adapter la gouvernance européenne à cette ambition d’être une nouvelle puissance.

Le moment est donc venu, par le paradoxe tragique de la pandémie, de nous engager, enfin, pour l’Europe européenne, que de Gaulle préconisait déjà il y a soixante ans.

Alain Terrenoire                                                                                                                                                     Président de l’Union Paneuropéenne Internationale

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