Richard Coudenhove-Kalergi, une figure fondatrice oubliée de l’Europe unie

Richard Coudenhove‑Kalergi est un acteur majeur mais méconnu de la construction européenne. Son ouvrage Pan‑Europa (1923) constitue la première formulation moderne d’un projet d’unification politique, économique et militaire du continent. On ne peut que regretter qu’il soit absent des listes officielles des « pionniers de l’Union européenne », alors que son influence fut déterminante.

« Beaucoup d’hommes ont rêvé d’une Europe unie, mais peu se sont décidés à la créer. » (préface de Pan‑Europa)

Né en 1894 à Tokyo d’un père diplomate austro‑hongrois polyglotte et d’une mère japonaise, Coudenhove‑Kalergi grandit dans un environnement multiculturel qui nourrit son idéal paneuropéen. Son père évolue vers une critique du fanatisme religieux et défend une alliance entre juifs et chrétiens contre la laïcité militante.
Sa mère, Mitsuko, issue d’une famille aisée de Tokyo, s’installe en Europe après un mariage d’amour et élève seule ses sept enfants après la mort de son mari.

Richard étudie au prestigieux Theresianum de Vienne, puis devient docteur en philosophie en 1917. Marqué par la Première Guerre mondiale, il se consacre à la paix en Europe.

En 1922–1923, Coudenhove‑Kalergi lance publiquement l’idée d’une Europe unie pour éviter un nouvel effondrement du continent. Il avertit que l’Europe court le risque d’être divisée entre une « colonie soviétique » et un « protectorat américain » si elle ne s’unit pas. Son projet séduit rapidement de nombreux intellectuels : Thomas Mann, Stefan Zweig, Rilke, Freud, Einstein, Ortega y Gasset, Richard Strauss, etc.

En 1926, le Premier Congrès Paneuropéen réunit 2 000 participants de 24 pays. Coudenhove‑Kalergi devient alors président du mouvement. Aristide Briand en devient président d’honneur en 1927 et reprend publiquement l’idée d’une fédération européenne à la SDN en 1929. Coudenhove‑Kalergi évolue dans la tradition pacifiste européenne (Pratt, von Suttner, Fried), tout en soulignant qu’il n’est pas un pacifiste naïf : il adhère au principe « si vis pacem, para bellum ».

Coudenhove‑Kalergi identifie très tôt le bolchévisme russe comme la principale menace pour l’Europe. Il écrit :

« L’objectif principal de la politique européenne doit être d’empêcher une invasion russe. Pour l’éviter il n’y a qu’un seul moyen : l’union de l’Europe. »

Il prédit également avec une lucidité remarquable la nature exterminatrice d’une future guerre européenne, anticipant les horreurs de la Seconde Guerre mondiale.


Hitler voit en lui un ennemi idéologique. Dès 1933, la littérature paneuropéenne est interdite en Allemagne. En 1938, après l’Anschluss, Coudenhove‑Kalergi fuit l’Autriche ; ses archives sont saisies par la Gestapo puis seront transférées en URSS lors de la prise de Berlin par les soviétiques en 1945. Il obtient la nationalité française en 1939, puis se réfugie aux États‑Unis en 1940.
À New York, il poursuit son action : enseignement, conférences, réorganisation du mouvement en exil, congrès de 1943. Churchill y exprime son soutien à la création d’un Conseil de l’Europe. Malgré la persécution, l’exil et la perte de ses archives, Coudenhove‑Kalergi continue de défendre l’unité européenne. Son engagement constant montre que le mouvement paneuropéen n’était pas une utopie intellectuelle, mais une vision politique structurée et durable.


Ce texte présente Richard Coudenhove‑Kalergi comme un pionnier visionnaire de l’unité européenne, dont la pensée, née du traumatisme de la Grande Guerre, a jeté les bases intellectuelles et politiques de l’Europe moderne malgré l’hostilité des totalitarismes et l’oubli institutionnel.

https://paneurope.fr/wp-content/uploads/2026/04/Richard-Coudenhove-Kalergi_une-certaine-idee-de-lEurope.pdf

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