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Défense européenne

Le Haut représentant pour les affaires extérieures de l’UE, Josep Borrell, a mis en garde contre l’absence de stratégie de défense européenne. Les divisons actuelles laisse l’UE bien mal préparée face aux défis géopolitiques, estime le diplomate.

Espagnol, argentin et catalan, Josep Borrell s’y connait en identités multiples. Le chef de file de la diplomatie européenne (également vice-président de la Commission) à toutefois, mardi 14 janvier, dû reconnaitre que les européens ne partagent pas tout son goût pour le pan-européanisme. Il ne fait aucun de doute, les européens sont divisés « Et aujourd’hui, peut-être que nous en payons le prix. Nous n’avons pas pu présenter une approche politique qui soit partagée par tous les États membres de l’Union européenne » analysait-il, devant un Parlement quasiment vide.

Pour lui, la conclusion de cette absence de front commun est sans appel : « les choses nous échappent en Libye ». Une déclaration qui entre en apparente contradiction avec la conférence de Berlin sur la Libye de dimanche dernier. La diplomation allemande est tout de même parvenue à faire signer une déclaration commune au Président russe Poutine, Turc Erdogan, Égyptien Sissi, au Prince MBZ des Émirats arabes unis, au Secrétaire d’État américain Pompéo, ou encore à Emmanuel Macron. Tous s’y engagent à s’« abstenir de toute ingérence dans le conflit armé et les affaires intérieures de la Libye ».

Cependant, le respect de cet accord est improbable. « La grande faiblesse de ce texte est qu’il n’y a pas, à ce stade, de gendarme, pas de sanction pour ceux qui ne le respecteraient pas, et donc une incitation faible à obéir pour des puissances qui sont en Libye pour faire avancer leurs intérêts, qu’ils soient stratégiques ou économiques », soulignaient ainsi l’analyste politique Pierre Haski. Aussi il n’y a aujourd’hui rien pour trancher entre les intérêts turcs, favorables du gouvernement reconnu de Fayez el-Sarraj, et la Russie qui a pris le parti du maréchal Khalifa Haftar.

La peur de l’engagement

L’Europe semble la seule qui souhaite pousser vers un règlement négocié du conflit. Mais, à part cette initiative allemande isolée, elle ne fait rien pour. Et ce d’autant que l’Allemagne refuse systématiquement tout déploiement militaire – notamment faute de moyens opérationnels. « Nous disons qu’il n’y a pas de solution militaire », notait Borrell. « Mais ce slogan, “pas de solution militaire”, nous l’avons dit aussi pour la guerre syrienne. Et finalement, à quoi avons-nous assisté en Syrie ? À une solution militaire. […] De la part de qui ? Des Turcs et des Russes, ce qui a changé l’équilibre pour la partie orientale de la Méditerranée ».

Le diplomate rappelle que les plus de 630 millions d’euros d’aide à la coopération versés par l’UE n’ont rien changé au chaos libyen. « Nous ne pouvons pas accepter qu’une même situation se reproduise. Ça devrait être une grande inquiétude pour nous toutes et tous. Parce que je ne pense pas que qui que ce soit sera ravi si nous avons un cordon de bases militaires sur la côte libyenne qui contrôlerait la situation et si nous avions un nouveau flux de migrants du centre de la Méditerranée ». Brandir le risque d’une nouvelle crise migratoire, voilà un langage que les européens pourraient comprendre.

« Il y a six mois de cela, nous, Européens, étions plus ou moins actifs, mais nous étions seuls en Méditerranée centrale. À présent, nous sommes plus actifs, mais, en fait, les Russes et les Turcs ont un effet de levier très puissant parce qu’ils se sont engagés d’un point de vue militaire, sur place. Pas directement, pas par l’armée régulière, mais tout le monde le sait bien, le flux d’armes va croissant. La Libye, c’est une sorte de tumeur qui a des métastases dans le Sahel. Ce qui se passe dans le Sahel est intimement lié au grand nombre d’armes et de combattants en Libye qui contamine toute la région. (…) Voilà la situation. »

Vers un désengagement européen dans l’espace ?

Mais les enjeux exposés par l’absence de stratégie de défense européenne vont au-delà de la Méditerranée. Progressivement l’espace se militarise : l’Inde a récemment testé des missiles capables de frapper un satellite et la Russie y a été prise en flagrant délit d’espionnage. « La montée des tensions géopolitiques que nous constatons sur terre se prolonge et se projette dans l’espace », note Borrell. « Des ‘actions grises’ y sont conduites », confirme le général Friedling, patron du commandement français de l’espace. D’’après ce dernier, « toutes les puissances spatiales développent des capacités et des systèmes en mesure d’espionner, de neutraliser et même de détruire ».

L’Union européenne nourrit de grands desseins pour ses industries de l’espace et de la défense Mais là encore, elle semble avoir raté le coche. « Sans argent, on ne peut rien faire », a mis en garde Margrethe Vestager, la vice-présidente de l’exécutif bruxellois compétente pour la concurrence et le numérique. « J’espère que le prochain budget pluriannuel va être en mesure de financer des investissements ». Un appel qui n’aura pas réussi à convaincre la Finlande qui a annoncé des coupes de l’ordre de 200 milliards. Plus largement, la Fonds Européen de Défense a ainsi vu sa dotation passer de 13 à 7 milliards d’euros et les programmes spatiaux ont perdu 20% de leurs dotations.

Et ce alors même que l’économie dépend aujourd’hui pour 60 % directement ou indirectement d’outils spatiaux. La France s’est engagée sur ces dossiers, et « cherche des partenaires capables, avec des ambitions », confirme le général Friedling. L’Italie a saisi cette opportunité et est en passe de se doter à son tour d’un commandement pour l’espace. Pour améliorer et renforcer ses infrastructures spatiales, la Commission européenne se prépare à des négociations difficiles avec les états membres. Bien qu’il soit délicat de trouver un accord à 27 pays sur les nouvelles politiques spatiale et de défense, aujourd’hui plus que jamais, l’UE doit être plus unie si elle veut vraiment exister.

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