|

Split – 25 Octobre 2019 – Conférence de l’Union Paneuropéenne de Croatie – Discours

Madame la Présidente de la République de Croatie,

Monseigneur l’Archevêque de Split,

Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères,

Madame la Vice-Présidente, nommée, de la Commission Européenne,

Mesdames, Messieurs les députés,

Monsieur le Professeur Pavo Barisic, Secrétaire Général de l’Union Paneuropéenne Internationale,

Monsieur le Professeur Mislav Jezic, Président de l’Union Paneuropéenne de Croatie,

Chers amis Paneuropéens,

Mesdames, Messieurs,

L’Empire Romain, puis la République de Venise, ont imprégné Split de leur histoire et de leur culture. 

L’ Europe s’est abreuvée à ces mêmes sources.

Ce prestigieux passé, aujourd’hui, nous oblige.

Notre choix est simple. Ou nous faisons vraiment l’Europe, comme l’avait voulu le fondateur de l’Union Paneuropéenne, Richard Coudenhove Kalergi, ou nous n’en avons ni la volonté, ni le courage. Et, dans ce cas, l’Union Européenne connaîtra la même issue que l’Empire Romain et la République de Venise, car les beautés de la Rome Antique et de la Sérénissime n’intéressent désormais que d’innombrables touristes.

Ayant accompagné et soutenu mes amis Croates, avec tous les Paneuropéens, pendant les longues négociations d’adhésion de leur pays à l’Union, je sais que votre gouvernement, sous la présidence éclairée d’Andrej Plenkovic, dont je salue la venue à notre conférence, va se dévouer, avec détermination et compétence, pour que la présidence Croate de l’Union Européenne, à compter du 1er janvier 2020, soit un plein succès.

Et il faut que ce soit un succès, car les enjeux de l’Union Européenne n’ont jamais été aussi importants qu’aujourd’hui.

Après soixante huit ans de vie commune depuis le premier traité entre européens qui suivit de six ans la fin de la deuxième guerre mondiale, et malgré les immenses progrès que nous avons accomplis, à commencer par l’établissement de la paix entre nous, nous ne restons encore que les spectateurs d’un monde qui est redevenu dangereux.

Nous n’en sommes toujours pas des acteurs à part entière.

Certes, nous avons été capables de créer le premier espace commercial mondial où circulent librement, sans tarif douanier, les hommes, les biens, les services et les capitaux, avec les mêmes règles juridiques, administratives et environnementales.

Mais, passifs et impuissants, nous entendons à nouveau tonner le bruit du canon à notre porte.

Et, il est à craindre que nous en subirons rapidement de nombreuses et graves conséquences.

C’est pourquoi, en adhérant pleinement au projet Paneuropéen, j’en appelle à une Europe, puissance indépendante, souveraine et solidaire.

Les mots ont un sens. Ils signifient que notre projet Paneuropéen ne pourra enfin se réaliser  qu’à travers les quatre qualificatifs que je viens de rappeler.

Une Europe puissance, cela exigerait que nous ne nous contentions pas, pour l’essentiel, de faire respecter, entre les membres de l’Union, une concurrence libre et non faussée, en partageant, pour certains pays européens, la même monnaie, et en y ajoutant, avec d’autres, un contrôle commun, mais très insuffisant, de nos frontières extérieurs. 

Une vraie puissance existe quand les autres puissances mondiales la reconnaissent et la respectent.

Pensez-vous que Poutine, Xi Jinping, Trump et Erdogan, pour ne citez que ceux-là, considèrent l’Europe comme une puissance ? Et pourtant, nous sommes cinq cents millions et nous avons nous aussi de légitimes intérêts à défendre.

La Géorgie et l’Ukraine restent toujours occupées par la puissance étrangère qui ne cesse d’élargir, de surcroît, son influence au Proche Orient et au sein même des Balkans occidentaux.

 La Route de la Soie n’est que le paravent d’un nouvel impérialisme. 

Notre plus puissant allié, qui ne respecte pas nos accords politiques et commerciaux, pratique désormais un unilatéralisme égoïste, au détriment du multilatéralisme.

Et, notre plus grand voisin du Sud, notre allié supposé, s’efforce d’étendre sur l’Europe son influence politico-religieuse et, tout en restant candidat à rejoindre l’Union, vient d’attaquer les Kurdes, qui ont si courageusement combattu l’Etat Islamique.

Une Europe indépendante, cela exigerait que l’Union Européenne soit capable d’assurer par elle-même sa sécurité et sa Défense, sans avoir besoin de faire appel à un pays tiers et lointain, dont l’actuel président nous a déclaré, dès son élection, que l’OTAN était pour lui devenue obsolète. Ce qu’il vient de démontrer, en retirant ses troupes de la frontière Turque avec la Syrie, permettant à ce pays, membre de l’OTAN, de repousser nos alliés Kurdes vers la Syrie du dictateur Assad.

Et, sans avoir consulté ses partenaires européens, le président américain nous fait courir le risque d’un retour des Djihadistes et d’une brusque poussée migratoire incontrôlée vers l’Europe.

Une Europe indépendante signifierait également qu’elle investisse collectivement ses capacités de recherche et d’innovation dans l’ensemble des technologies du futur et pour se placer, dans le numérique, au niveau des Américains et des Chinois.

Une Europe souveraine, cela exigerait que nous répartissions autrement les compétences entre l’Union et les Etats membres. En produisant trop de directives et de règlements, la Commission Européenne est souvent ressentie comme technocratique, bureaucratique et éloignée des réalités.

Contrairement à l’objectif supranational que certains poursuivent encore,  les peuples européens sont restés fidèles à leurs identités nationales. Et même, hélas, certains parmi eux se sont laissés séduire par le nationalisme et le populisme.

En revanche, il est plus nécessaire que jamais que l’Union adapte sa gouvernance pour accentuer son efficacité et la rapidité d’exécution de ses décisions.

Si, comme je vous l’ai dit, je me félicite de la prochaine présidence de l’Union par la Croatie, à laquelle, nous Paneuropéens, nous faisons pleinement confiance, elle devra néanmoins partager cette présidence avec les futurs présidents du Conseil Européen et de la Commission. Cette dispersion de la gouvernance nuit à sa légitimité démocratique et à sa représentativité extérieure et intérieure. C’est pourquoi, en préconisant la fusion de ces trois exécutifs et en évitant la division de la gouvernance, je souhaiterais que nous lui accordions plus de rapidité, d’efficacité et de visibilité.

Bien entendu, cet exécutif fusionné serait placé sous le contrôle démocratique du Parlement Européen et, en charge du vote du budget de l’Union, il deviendrait alors un législateur à part entière.

Une Europe solidaire, cela exigerait tout d’abord d’en connaître le territoire, l’espace, donc ses frontières. En effet, comment pourrions-nous être solidaires si nous ne savons pas quels sont les pays ayant vocation à constituer l’Union Européenne ? Nous sommes encore vingt huit Etats membres, mais cela fait plus de trois ans que le Royaume Uni a décidé de s’en séparer. Ce fut un choix démocratique et il est de l’intérêt de tous qu’il soit respecté, sans plus tarder. C’est précisément par refus de la solidarité européenne que les britanniques ont décidé de retourner vers « le grand large ». Et, je leur souhaite « bon vent »!

Tôt ou tard, les Norvégiens et les Suisses devraient surmonter leurs réticences à être membres  de notre Union, dont ils appliquent déjà les principales règles. Je souhaite aussi qu’une normalisation intervienne dès que possible entre la Russie et l’Union Européenne, pour nous permettre de favoriser des liens de plus en plus étroits entre cette dernière avec l’Ukraine, la Biélorussie, la Moldavie et la Géorgie.

En revanche, je m’élève fortement contre l’attitude de l’Union Européenne à l’égard des pays de l’Europe du Sud Est qui n’en sont pas encore membres.

Que ces pays soient en négociation d’adhésion ou qu’ils n’y soient pas encore, qu’importe. Depuis les sommets  de Zagreb en 2000 et de Thessalonique en 2003, l’Union Européenne a déclaré solennellement à tous les peuples des Balkans Occidentaux qu’ils devront tous en être membres.

Près de vingt après, ces promesses ne sont toujours pas tenues.

Comme cela avait déjà été pratiqué dans le passé, il revenait à l’Union d’ajuster et d’adapter les modalités d’adhésion en fonction des situations de chaque pays. Mais, soixante quinze ans après la fin du dernier conflit mondial, qu’attendons-nous encore pour réunir le plus grand nombre des pays européens qui le souhaitent ?

Je suis, quant à moi, scandalisé que le gouvernement de mon propre pays ait largement contribué à refuser, lors du dernier Conseil Européen, l’ouverture des négociations d’adhésion à l’Albanie et à la Macédoine du Nord. D’autant que ce dernier pays avait accepté, à la demande de ses partenaires européens, malgré de justes réticences, de modifier son appellation, précisément pour faciliter cette adhésion.

La solidarité européenne devrait aussi s’exprimer sans concurrence déloyale et sans dumping entre européens. Je pense aux disparités qui demeurent, malgré quelques progrès récents dans le droit du travail et à l’absence d’une coordination efficace de nos politiques économiques, financières, budgétaires et fiscales.

Enfin, comment être solidaire en Europe, si nous continuons, entre nous et face à nos concurrents extérieurs, à ne pas faire respecter les mêmes exigences écologiques, énergétiques et environnementales ?

Au nom de l’Union Paneuropéenne Internationale et en mon nom personnel, je tiens à exprimer ma plus respectueuse reconnaissance à Madame Kolinda Grabar Kitarovic, Présidente de la République de Croatie, pour avoir bien voulu honorer de sa présence cette conférence si accueillante et si parfaitement organisée sous la responsabilité de mon ami le Professeur Mislav Jezic.

Alain Terrenoire, Président de l’Union Paneuropéenne Internationale

A lire également

Laisser un commentaire