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Paris, Berlin, Rome et Madrid plaident pour une Europe de la défense « à la hauteur des défis futurs »

par Laurent Lagneau

Le 27 mai, et afin de rémédier aux conséquences économiques de la pandémie de Covid-19, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté un nouvel « instrument de relance » qui, appelé « Next Generation EU », devrait avoir un montant de 750 milliards d’euros [si un accord entre les 27 États membres est trouvé, ndlr]. Et il sera adossé au Cadre financier pluriannuel [CFP] 2021-27, qui était en discussion avant le début de la crise, avec des interrogations sur l’enveloppe devant être alloués au Fonds européen de défense [FEDef] ainsi qu’à la politique spatiale européenne.

Dans son discours au Parlement européen, Mme von der Leyen a fait valoir que les investissements prévus par cet instrument de relance devaient notamment garantir une Union « neutre sur le plan climatique, numérique, sociale et avec laquelle il faut faut compter sur le plan mondial, aujourd’hui et à l’avenir ».

Ce plan de relance, qui s’articule autour de trois piliers, ne parle pas explicitement de défense et d’espace. En revanche, il insiste sur l’accélération de la « transition vers la neutralité climatique » [sic], le développement rural, le numérique ou encore la santé. Il y est aussi question de « renforcer la présence industrielle et technologique dans les secteurs stratégiques, y compris l’intelligence artificielle, la cybersécurité, les superodinateurs et l’informatique en nuage », de « construire une véritable économie fondée sur les données, qui doit favoriser l’innovation et la création d’emplois » et « d’accroître la cyber-résilience. »

S’agissant de la politique extérieure de l’Union, le plan de Mme von der Leyen évoque un « soutien aux partenaires mondiaux de l’Europe grâce à un montant supplémentaire de 16,5 milliards d’euros pour l’action extérieure, y compris l’aide humanitaire. »

Aussi, au vu de ce plan, la question est de savoir si l’UE va maintenir les ambitions qu’elle avait affichées dans le domaine de la défense, ainsi que dans celui de l’Espace, pour lequel elles étaient déjà fort modestes au regard des enjeux qu’il représente [mais à Bruxelles, on a des préoccupations sans doute plus pressantes, comme le calibrage des bananes et d’autres encore – note aux lecteurs : c’est de l’ironie].

En attendant, les ministres de la Défense de quatre États membres, dont Florence Parly [France], Lorenzo Guerini [Italie], Annegret Kramp-Karrenbauer [Allemagne] et Margarita Robles Fernández [Espagne] ont adressé une lettre de six pages à Josep Borell, le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, aussi qu’à leurs 23 homologues européens, pour appeler à une politique européenne de défense plus ambitieuse ainsi qu’au développement d’instruments communautaires de gestion de crise plus efficaces.

« Les effets de la pandémie ont déjà commencé à aggraver les conflits et les crises existants, à affaiblir davantage les États fragiles et à exercer une pression supplémentaire sur des systèmes et des régions déjà mis à rude épreuve. La sécurité et la défense doivent donc rester une priorité absolue. […] Par conséquent, nous devons maintenir, renforcer et développer notre capacité à agir et à réagir de manière autonome, en tant qu’Union, et dans un esprit de solidarité, d’aide et d’assistance […] chaque fois que cela est nécessaire », font valoir les quatre ministres. « La pandémie souligne que nous devons intensifier considérablement nos efforts et œuvrer pour une Union européenne plus intégrée, efficace et capable sur la scène internationale », ajoutent-ils.

Aussi, pour y arriver, les quatre ministres proposent 7 axes prioritaires pour les mois à venir. Le premier vise à accroître la solidarité et la résilience de l’UE et des États membres face aux crises, avec « l’opérationnalisation de l’article 42, paragraphe 7 » du Traité de l’Union européenne [que le président Macron voulait modifier pour y inclure une clause défense collective].

« Nous devons améliorer considérablement notre capacité à lutter contre les attaques hybrides, la désinformation ou les cyberattaques, y compris le renforcement des réseaux de communication des institutions européennes et des États membres ainsi que leur cyber-interopérabilité, leur sécurité et leur résilience », estiment également ces 4 ministres, qui réclament, à ce titre, « la possibilité de communiquer dans un environnement classifié ».

S’agissant des autres « axes prioritaires, les ministres appellent à consolider la Coopération structurée permanente [CSP ou PESCO], qui est le « cadre clé de la coopération européenne en matière de défense », à affermir la base industrielle et technologique de défense, grâce au FEDef, dont on ignore encore la sauce avec laquelle il sera mangé, à progresser vers une analyse partagée des menaces, à renforcer l’engagement opérationnel extérieur européen, améliorer la cohérence des initiatives européennes et enfin, à développer la coopération avec les partenaires.

« La crise du Covid-19 en cours démontre le besoin d’une Europe plus forte qui devrait contrôler les technologies-clés et les capacités de production, notamment militaires », font valoir les ministres.

Aussi défendent-ils la nécessité de maintenir les dépenses militaires, dont, logiquement, le montant prévu pour Fonds européen de défense [soit 13 milliards], lequel est « essentiel pour financer et renforcer la recherche et les capacités de développement qui renforceront notre aptitude à faire face aux multiples crises et menaces mondiales », assurent-ils.

« Nous plaidons donc en faveur d’un budget ambitieux en tant que priorité dans le domaine de la défense et d’une adoption rapide du FEDef, dans le plein respect des discussions sur le cadre financier pluriannuel. Le FEDef contribuera à soutenir l’économie européenne et la BITDE, en particulier les petites et moyennes entreprises [PME]. Une coopération incitative permet de tirer parti des synergies et d’une allocation plus efficace des ressources », font valoir les signataires de cette lettre ouverte.

Enfin, ces derniers ne manquent pas de souligner que « l’Otan reste la pierre angulaire de la défense collective » et que la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne restent engagées à en « renforcer le pilier européen » et à « explorer les moyens de renforcer la coopération UE-OTAN ».

Et de conclure : « Nous devons également faire progresser la coopération en matière de sécurité et de défense avec d’autres organisations partenaires, en particulier avec l’ONU, et les pays partenaires, en pleine conformité avec l’autonomie décisionnelle de l’UE. »

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