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L’Europe encore loin de l’indépendance énergétique

’indépendance énergétique traduit le rapport entre l’énergie primaire produite sur un territoire et la consommation en énergie primaire sur ce même territoire. Elle est calculée à partir d’un panel de sources d’énergie, importée ou non, comme le pétrole, le charbon, le gaz naturel ou encore le nucléaire. En 2018, l’Office européen des statistiques (Eurostat) a rendu public un état de la dépendance énergétique des États membres de l’Union. En 2016, L’Europe dépendait pour 53,6 % des importations extérieures, malgré une amélioration globale de ses capacités de production interne depuis 1990. Globalement dépourvue de ressources fossiles, l’Europe reste soumise aux hydrocarbures pour le transport routier. Pour la production d’électricité, le recul du nucléaire et les importations ont fortement contribué à amoindrir l’indépendance énergétique de l’Union européenne.

L’indépendance énergétique est liée aux choix stratégiques des pays européens

Les pays de l’Union européenne bénéficient d’une complète autonomie dans le choix de leurs sources d’approvisionnement et de leur mix énergétique, malgré des objectifs contraignants fixés par l’Union européenne. La Russie occupe la première place des pays exportateurs à destination des pays de l’Union européenne. Pour le gaz naturel d’abord, où la Russie représente 39 % des importations de l’UE, devant la Norvège pour 24 % et l’Algérie pour 12 %. Pour le pétrole ensuite, pour 31 % des importations, devant la Norvège avec 12 % et l’Irak avec 8 %. Au niveau des combustibles solides, la Russie est encore le principal fournisseur européen, avec 30 % des importations globales, devant la Colombie et les États-Unis, qui représentent respectivement 23 % et 14 % des exportations globales.

L’Europe est donc très fortement soumise aux aléas géopolitiques, qui fragilisent ses importations en les conditionnant à la stabilité internationale. Il est, à long terme, délicat de prévoir l’avenir des relations russo-européennes ou entre l’Europe et les pays du Golfe, installant un flou dans l’approvisionnement futur. Plusieurs pays européens avaient subi des problèmes d’approvisionnements dans le cadre du conflit entre Moscou et Kiev et la question des territoires séparatistes prorusses, qu’aucun expert n’avait pu prévoir. Le projet NordStream 2, vaste gazoduc reliant la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique, a ainsi failli être victime des relations tendues entre États-Unis et Russie. En juillet 2018, Donald Trump accusait publiquement l’Allemagne d’être « prisonnière » de la Russie à cause de ce projet, en en exigeant l’abandon. En décembre 2019, Donald Trump signait une loi destinée à mettre en place des sanctions contre les entreprises participant au projet. Le groupe suisse Allseas a immédiatement suspendu ses travaux par crainte d’éventuelles sanctions juridiques et économiques de grande ampleur, notamment la saisie des avoirs américains d’Allseas. La dépendance de l’Allemagne envers la Russie pour sa demande en gaz naturel est en effet considérée comme un problème stratégique de premier ordre pour plusieurs pays européens, dont la Pologne, qui s’inquiète des velléités géopolitiques de son voisin.

La France dans la moyenne haute de l’Union européenne

La France, avec 47,1 % de dépendance énergétique, se situe dans la moyenne haute de l’Union européenne. En effet, si la France importe de l’uranium pour sa production nucléaire, il demeure très faiblement soumis aux aléas géopolitiques. Beaucoup de gros producteurs d’uranium, comme le Canada, l’Australie ou encore les États-Unis, sont des pays membres de l’OCDE et, à ce titre, des partenaires commerciaux privilégiés de la France. Et surtout, les réserves d’uranium sont globalement bien réparties sur la surface du globe et dans des pays globalement connus pour leur stabilité politique. En effet, si l’Australie abrite 31 % des réserves mondiales, 8 pays en possèdent entre 5 et 15 %. De même, selon la Cour des comptes, le stock actuel d’URT de la France devrait permettre d’alimenter le parc en uranium de retraitement enrichi (URE) pendant 36 ans. Inversement, dans le cas du pétrole, 47,7 % des réserves prouvées en 2014 étaient localisées au Moyen-Orient, une région à risque et fortement soumise aux aléas géopolitiques.

Au niveau des réserves estimées d’uranium, il semble admis que, pour une demande équivalente, il reste une centaine d’années de réserve. Mais, la recherche en faveur des réacteurs à neutrons rapides ou de quatrième génération devrait permettre aux centrales nucléaires de limiter le recours à l’uranium et donc de prolonger les réserves existantes. Malgré l’apport indéniable du nucléaire pour l’indépendance énergétique française, mis en œuvre par les différents gouvernements après le choc pétrolier de 1973, le pays reste globalement dépendant des sources d’hydrocarbure (pétrole, gaz naturel…) pour le transport routier, qui a augmenté en flèche dans les dernières décennies, ou encore du fait de l’habitat ancien, malgré les efforts récurrents de l’ADEME pour limiter la consommation d’énergie des bâtiments. 

Qui sont les bons et les mauvais élèves européens de la dépendance énergétique ?

En 2016, les pays les plus dépendants aux importations pour répondre à leur demande énergétique interne étaient l’Allemagne pour 63,5 %, l’Espagne pour 71,9 % et l’Italie pour 77,5 %. En Allemagne, l’abandon du nucléaire a été décidé en 2011, après la catastrophe de Fukushima. Les importantes des ressources d’énergie primaire couvraient, en 2017, 70,1 % des besoins domestiques en énergie du pays. En Italie, les quatre réacteurs nucléaires existants ont été fermés après la catastrophe de Tchernobyl, en 1987, après un référendum. L’Espagne possède sept réacteurs nucléaires, qui ne fournissent cependant que 20 % de la production totale d’électricité.

Les bons élèves, à l’inverse, sont l’Islande, avec une dépendance énergétique estimée à 19 %, le Danemark à 13,9 % et l’Estonie à 6,8 %. Les pays reconnus pour leur très puissante indépendance énergétique possèdent globalement des réserves naturelles fossiles, mais, malheureusement, en voie d’épuisement. L’Islande, qui bénéficie d’une situation géographie particulière demeure un cas isolé. Le pays bénéficie par ailleurs d’une géologie unique et a très fortement développé ses compétences hydrologiques, dont les rivières aux débits très importants permettent un important potentiel énergétique. Pour mettre fin à ses besoins en hydrocarbure, l’Islande compte notamment sur une électrification croissance de ses outils de transport en remplaçant le pétrole par les énergies renouvelables. Le Danemark a pu compter sur des ressources naturelles fossiles (pétrole et gaz) importantes, mais actuellement en voie d’épuisement. La production d’électricité repose cependant sur les centrales thermiques au charbon et au gaz naturel, très polluantes. Le pays s’est engagé dans une transition vers les énergies renouvelables, avec un objectif de 100 % en 2050. L’Estonie est un grand producteur de schiste bitumeux, qui compte pour 87,7 % de la production globale. Mais, très polluante, cette source d’énergie rend l’impact environnemental de la production d’énergie de l’Estonie trois fois supérieure à la moyenne mondiale.

Comment améliorer l’indépendance énergétique européenne ?

Dans un rapport concernant à la sécurité d’approvisionnement énergétique et le rôle du nucléaire, produit par l’OCDE, l’organisation indique que l’énergie nucléaire est un vecteur d’indépendance énergétique pour sa capacité à ne pas être soumis aux aléas géopolitiques, à l’épuisement imprévu des ressources ou aux changements de politique climatique, car le nucléaire n’émet que des quantités négligeables de CO2. Le rapport conclut que « l’énergie nucléaire a, de fait, largement contribué à améliorer la sécurité énergétique des pays membres de l’OCDE » et affirme que « l’introduction du nucléaire dans la production électrique » a incontestablement amélioré « la sécurité d’approvisionnement des pays de l’OCDE ».

Au sein de l’Union européenne, 126 réacteurs sont opérationnels, représentant 26 % de la production totale d’électricité. Plus de la moitié de la puissance installée est localisée en France, qui possède 58 réacteurs et produit 63,1 GW sur les 118 du parc européen. Si le recours au nucléaire est une des solutions plébiscitées pour garantir la souveraineté énergétique de l’Europe, le développement des sources renouvelables d’énergie demeure une approche intéressante. Mais, à l’heure actuelle, la soutenabilité économique et l’efficacité réelle de ces formes d’énergie globalement non pilotables, car dépendantes du taux d’ensoleillement ou du vent, rendent le développement des renouvelables peu compétitif par rapport au nucléaire.  

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