Fêtes nationales de Bosnie-Herzégovine et Albanie

25/XI : FÊTE NATIONALE DE BOSNIE-HERZÉGOVINE

C’est un pays montagneux de l’ouest de la Péninsule Balkanique, presque enclavé entre la Croatie et la Serbie : il n’a qu’un petit débouché sur la Mer Adriatique d’à peine 20 km de large. Sa population est estimée à 3,8 millions d’habitants sur 51 200 km2 mais il y a une forte émigration pour trouver du travail. Sa capitale est Sarajevo. Il comprend deux régions historiques : la Bosnie (à l’ouest, nord et est) et l’Herzégovine, plus petite (au sud). L’Union européenne a accepté en 2016 le dépôt de la demande d’adhésion de la Bosnie-Herzégovine.

UN PAYS MEURTRI PAR UNE TERRIBLE GUERRE CIVILE

Historiquement, la population est d’origine illyrienne, conquise par l’Empire Romain puis colonisée par les Slaves du VIe au IXe. Il existe un royaume de Bosnie du XIIe au XVe siècle. Sa particularité était d’avoir une Eglise d’Etat qui avait adopté un christianisme hérétique : le bogomilisme (d’origine manichéenne, il aurait influencé les Cathares). Ce royaume a été conquis par l’Empire Ottoman en 1463 qui islamise la région. La domination turque dure jusqu’en 1878, date à laquelle l’Empire d’Autriche-Hongrie occupe ce territoire. Il fait partie de la Yougoslavie  à partir de 1918 jusqu’en 1992, à part une parenthèse de rattachement à l’Etat croate de 1941 à 1945. La Bosnie-Herzégovine forme une République fédérée de la Yougoslavie communiste. La population est slave mais multiconfessionnelle : les musulmans se disent « Bosniaques », les chrétiens orthodoxes ‘Serbes » et les chrétiens catholiques « Croates ». L’imbrication de ces différents groupes religieux valaient à la Bosnie-Herzégovine le surnom de « petite Yougoslavie ».  

L’alliance entre Bosniaques et Croates fait proclamer l’indépendance en 1992 ce qui entraîne une terrible guerre civile contre les « Serbes » qui veulent rester unis à la Serbie et proclament une « République Serbe de Bosnie ». Il y a aura environ 100 000 morts et plus de la moitié de la population est déplacée. L’Europe assiste impuissante à des massacres, comme  celui de Srebrenica où les milices serbes massacrent 8 000 hommes et adolescents du 13 au 16 juillet 1995 dans cette ville pourtant sous protection de l’ONU. Ce massacre a été qualifié de génocide. Grâce au soutien des Américains et des Européens aux Bosniaques et aux Croates, les Serbes sont finalement vaincus en 1995.

UNE ORGANISATION TRÈS COMPLEXE

La paix est revenue par l’intermédiaire d’une organisation d’une grande complexité. A la base, il y a 3 groupes « ethno-religieux » : les Bosniaques (musulmans) qui sont 51 % du total, les Serbes (chrétiens orthodoxes) 31 % et les Croates (chrétiens catholiques) 15 %. Les Bosniaques et les Croates sont unis dans une « fédération croato-musulmane » (appelée maintenant « Fédération de Bosnie et Herzégovine ») divisée entre une entité bosniaque et une entité croate. Les Serbes forment la « République Serbe de Bosnie ». Ces deux collectivités sont fédérées au sein de la République de Bosnie-Herzégovine qui est seule reconnue au niveau international (membre du Conseil de l’Europe depuis 2002). La situation est d’autant plus compliquée qu’une 3e collectivité forme le « District de Brcko » qui sépare la « République Serbe de Bosnie » en deux portions séparées.  Et comme rien n’est simple, la Présidence de la République de Bosnie-Herzégovine est collégiale avec 3 Présidents : un Bosniaque, un Serbe et un Croate. Et les 3 Présidents alternent à la tête de cette présidence collégiale pour des périodes de 8 mois. Quant au « District de Brcko », il est considéré comme territoire neutre, géré en partie par un superviseur international mandaté par l’ONU. Sans oublier que surtout Serbes mais aussi Croates peuvent avoir des velléités sécessionnistes… Enfin, comme rien n’est simple, la monnaie utilisée est le « mark convertible » qui est lié à l’euro par le taux de change du mark allemand lors de la conversion à l’euro. Vous trouverez peut-être cela compliqué et vous vous demandez comment ça peut fonctionner ? Rassurez-vous : Bosniaques, Serbes et Croates disposent maintenant d’une identité commune, ils sont « Bosniens » (à ne pas confondre avec « Bosniaques »qui désignent les Musulmans).

ORIGINALITÉ BOSNIENNE

Sans rentrer dans les détails, on peut donc considérer que la Bosnie-Herzégovine est un Etat européen doublement original. D’une part, avec l’Albanie, c’est l’un des deux Etats européens à avoir une majorité musulmane. Et comme en Albanie, les musulmans bosniaques ne sont pas issus de l’immigration. Ce sont des Slaves qui seraient les descendants de l’Eglise médiévale de Bosnie, considérés comme hérétiques et de ce fait régulièrement persécutés par les Etats chrétiens officiels. D’autre part, l’organisation interne de la Bosnie-Herzégovine fait plus penser à une confédération de fait assez hétérogène qu’à une fédération. Et rien à voir avec la Suisse dont l’appellation « Confédération Helvétique » désigne un fonctionnement juridique fédéral.

LABORATOIRE DU VIVRE-ENSEMBLE OU CONFLIT GELÉ ?

Bref, la Bosnie-Herzégovine est le pays de la diversité, religieuse, ethnique et culturelle (par exemple, les Bosniaques et les Croates utilisent l’alphabet latin et les Serbes l’alphabet cyrillique). C’est l’héritage de l’histoire car elle a toujours été située sur une ligne de fracture européenne. La limite entre l’Empire Romain d’Occident et l’Empire Romain d’Orient passait déjà par là, avant la ligne d’affrontement entre l’Empire des Habsbourg et l’Empire Ottoman. L’avenir dira si c’est aujourd’hui un « conflit gelé » qui ne dit pas son nom ou si la démocratie et la tolérance permettront à ses composantes de pérenniser durablement une cohabitation pacifique. Ce laboratoire du vivre ensemble doit tourner le dos aux replis communautaristes et il mérite notre soutien car le futur de notre civilisation se joue peut-être un peu à Sarajevo…

LE « MYSTERE » DE LA FÊTE NATIONALE DE BOSNIE-HERZEGOVINE

Cela peut paraître surprenant mais il y a un certain mystère autour de la fête nationale bosnienne. Des sites internet donnent des dates différentes ou la bonne date mais sans dire de quoi il s’agit… En fait, comme rien n’est simple dans ce pays, il y trois fêtes qu’on peut qualifier de nationales.

Les deux collectivités fédérées ont chacune leur fête nationale particulière :

– la « République Serbe de Bosnie » célèbre le 9 janvier qui est l’anniversaire de sa proclamation d’indépendance en 1992

– la fédération croato-musulmane (officiellement « Fédération de Bosnie et Herzégovine ») célèbre le1er mars, anniversaire de la proclamation d’indépendance de la Bosnie-Herzégovine en 1992.

L’Etat de Bosnie-Herzégovine a fixé sa fête nationale au 25 novembre pour commémorer un évènement très peu connu. Ce jour-là, en 1943, les mouvements de résistance anti-allemande de Bosnie-Herzégovine se sont réunis. Il y avait des représentants des Serbes, des Croates, des Musulmans et des communistes.Ils ont formé le »Conseil antifasciste d’Etat pour la libération de la Bosnie-Herzégovine » qui a adopté une déclaration dont les deux premiers articles sont très importants :

article 1 = Egalité entre Serbes, Croates et Musulmans de Bosnie-Herzégovine, leur patrie commune et indivisible

article 2 = liberté de religion et de conscience et égalité de toutes les religions. 

Ils jetaient ainsi les bases d’un futur Etat bosnien pluri-communautaire. On comprend que pour l’actuel Etat de Bosnie-Herzégovine, cette date marque la naissance de l’entité politique bosnienne. Et il reproche à la « République Serbe de Bosnie » d’avoir choisi une date qui a précipité la guerre civile de 1992-1995.

28/XI : FÊTE NATIONALE D’ALBANIE

   La fête nationale commémore l’indépendance de l’Albanie qui a été proclamée le 28 novembre 1912 et a libéré les Albanais de plus de quatre siècles de domination turque.

L’Albanie est un petit pays montagneux de l’ouest de la Péninsule Balkanique, au bord de la Mer Adriatique et de la Mer Ionienne. Son nom albanais est Shqiperia » ce qui signifie « Pays des Aigles ». Sa population est d’environ 3 millions d’habitants mais il y aurait en tout près de 7 millions d’albanophones dans les Balkans occidentaux (en Albanie, et dans les pays voisins : Kosovo, Macédoine du Nord et Monténégro). C’est un pays pauvre (l’un des plus bas PIB/habitant d’Europe), avec le plus fort taux d’émigration d’Europe : 1/3 de ses ressortissants vivent à l’étranger pour travailler. Sa population compte environ 60 % de musulmans et 17 % de chrétiens (mi-catholiques et mi-orthodoxes). C’est le pays d’origine de « Mère Teresa » (1910-1997), célèbre religieuse  catholique qui a obtenu le Prix Nobel de la Paix en 1977 pour son action caritative et qui a été canonisée en 2016.

La langue albanaise est originale : elle provient des anciens Illyriens qui peuplaient les Balkans occidentaux dans l’Antiquité. Elle n’a rien à voir avec le grec ou les langues slaves.

LE HEROS NATIONAL : SCANDERBEG, ADMIRÉ PAR LES TURCS ET PAR NAPOLEON Ier

L’ancienne Illyrie a été conquise par les Romains. Des principautés albanaises apparaissent au début du Moyen-Âge et quand la vague ottomane submerge les Balkans au XVe siècle, le chef albanais Scanderbeg résiste et libère son pays. C’est le héros national albanais, à l’origine du drapeau albanais : rouge à l’aigle noir bicéphale (issu de ses armoiries personnelles et inspiré de l’Empire Byzantin). Il parvient même à vaincre le sultan Mehmet II qui venait de conquérir Constantinople en 1453 ! Les Turcs lui ont donné le surnom de « Scanderbeg » qui signifie « Prince Alexandre » parce qu’ils pensaient que son génie militaire égalait celui d’Alexandre le Grand, le jeune roi de Macédoine qui avait conquis l’Empire Perse. Quant à Napoléon Ier, il considérait Scanderbeg comme l’un des quatre plus grands généraux de tous les temps. Et on a dit de lui qu’il était « le plus grand général avec la plus petite armée » …  Mais peu après sa mort, l’Empire Ottoman fait la reconquête de l’Albanie. Les Albanais ne cesseront de se révolter mais en vain. Les dernières révoltes éclatent en 1910 puis 1911 et enfin 1912. Ce sera l’occasion d’un épisode romanesque : l’intervention du baron austro-hongrois Nopcsa, aventurier à la fois scientifique et agent secret, ardent défenseur de la cause albanaise, qui contribue à fédérer les chefs de clans albanais pour faciliter leur révolte. L’idée de l’Empire d’Autriche-Hongrie était de favoriser l’indépendance de l’Albanie pour empêcher les Serbes d’accéder à la Mer Adriatique…

L’INDÉPENDANCE

Les Albanais proclament alors leur indépendance le 28 novembre 1912, au début de la 1ère Guerre Balkanique (1912-1913) qui voit tous les peuples balkaniques s’unir pour repousser les Turcs des Balkans. Ismail Qemali, principal dirigeant nationaliste et promoteur de la Déclaration d’indépendance, arbore le drapeau de Scanderbeg sur l’édifice où a été signé cette déclaration et devient le premier chef d’un gouvernement albanais reconnu : l’Albanie ressuscite ! Mais, mal soutenus par les puissances européennes, les Albanais perdent 60 % des territoires albanophones qui sont incorporés dans les Etats voisins. C’est ce qui explique la présence actuelle de populations albanophones en Macédoine du Nord et au Monténégro ainsi que l’indépendance du Kosovo, ancien territoire serbe à majorité albanophone devenu indépendant en 2008 après une guerre tragique en 1999. On peut s’interroger sur l’intérêt de l’existence séparée de deux petits pays albanais voisins. Résultat : deux équipes albanaises dans les compétitions européennes de football…

L’ALBANIE SEULE CONTRE TOUS

Pendant la 2e Guerre Mondiale, l’Albanie est occupée par les troupes italiennes (1939-1943) puis par les troupes allemandes (1943-1944). Le pays connaît ensuite un régime communiste à partir de 1946, avec Enver Hodja comme principal dirigeant. Celui-ci établira un régime de dictature original. Sur le plan extérieur, il reste fidèle aux idées de Staline après la déstalinisation instaurée en URSS en 1956 : ce qui l’amènera à rompre avec l’URSS et à s’allier avec la Chine de Mao Zedong. Sur le plan intérieur, le régime communiste se fait remarquer en interdisant toute forme de religion et en proclamant l’athéisme complet de l’Albanie. Cette situation isole totalement l’Albanie : même l’écartement des voies ferrées avait été calculé pour empêcher les trains en provenance d’Europe de pénétrer en Albanie !  Ce régime s’effondre en 1991.

L’ALBANIE ET L’EUROPE

L’Albanie est membre du Conseil de l’Europe depuis 1995. Elle a été reconnue comme candidate à l’adhésion à l’Union européenne en 2014. L’Union européenne a donné son accord en 2020 pour l’ouverture des négociations d’adhésion. Le Président français, Emmanuel Macron, avait tenté de s’y opposer mais il a finalement changé d’avis.

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